À LA DÉCOUVERTE DE LA COLLECTION PINAULT

Collection pinault

Une collection pleine de ressource à découvrir tout au long d’un parcours sur 3 étages. En passant par des sculpture éphémère, des peintures et de la photographie…On en prend plein les yeux ! 

L’installation de l’artiste suisse Urs Fischer, Unitled (2011), est présentée pour la première fois en France, au coeur monumental de la Bourse de Commerce. L’artiste a repensé son couvre pour s’adapter à l’échelle majestueuse de l’espace de 40 mètres de hauteur : une place publique.  

Urs Fischer (né en 1973) vit et travaille entre New York, Los Angeles, Berlin et sa ville natale de Zurich, en Suisse. Artiste irrévérencieux, il crée un monde absurde et ironique, éclectique et imprévisible qui interroge notre façon de penser l’espace. Afin d’explorer les possibilités infinies de la matière et de travailler sur la temporalité de ses pièces, Fischer aime employer des matériaux mutables qui brûlent, expirent ou changent comme le pain ou la cire, et s’intéresse aux objets du quotidien. Sa méthode de production est biologique et expérimentale ; il jette, fait des erreurs et explore les processus de génération et de destruction. De la sculpture à la photographie, en passant par le dessin et la peinture, l’artiste utilise diverses techniques, jouant sur les contrastes et juxtaposant des éléments. 

Composé de sculptures de cire, l’oeuvre la plus célèbre de Fischer est un ensemble de bougies monumentales reprenant des corps humains ou des sièges. Il s’agit d’une réplique grandeur nature d’une célèbre sculpture de la période maniériste : l’Enlèvement des Sabines de Giambologna (1579-1582)

L’oeuvre se compose d’une effigie de l’artiste Rudolf Stingel que centre qui contemple sept chaises différentes, en passant par le tabouret africain à une banale chaise en plastique ou fauteuil d’avion. Symboles de la mondialisation contemporaine, l’ensemble des sièges dialoguent avec l’iconographie de la grande toile marouflée de la coupole au dessus. Chaque identité culturelle des fauteuils représentent le commerce et les échanges intercontinentaux de la fin du XIXe siècle, marqués par l’idéologie coloniale et la culture populaire de l’époque.  

Quatre chaises de cultures différentes ont été choisis par l’artiste dans les collections du musée du Quai Branly : Jacques Chirac, une chaise Mandé du Mali – une chaise Ashanti du Ghana – une chaise Bwa du Burkina Faso – une chaise Oromo d’Ethiopie. Puis deux sièges dont ceux d’avions évoquant le voyage et la chaise du jardin pour la standardisation de notre monde contemporain. 

Avant d’être allumé, cet ensemble de bougies incarne la maîtrise, le réalisme, la verticalité et la virtuosité mais au fil de l’exposition, au fur et à mesure que les bougies brûlent, ces valeurs sont inversées par le jeu du hasard et de l’entropie : la sculpture devient informelle, voire informe. La cire se liquéfie, et celle qui semblait pérenne et authentique se révèle fragile et fictive. Sans titre dure aussi longtemps que les mèches des bougies continuent de brûler, images d’une beauté ardente, même dans leur futilité. Si l’ensemble s’inscrit avec une force plastique inhabituelle dans la tradition du memento mori, il ne favorise pas seulement un sentiment de mélancolie. D’abord entière, puis se désagrégeant ou ruisselant peu à peu, l’œuvre, malgré sa transformation, continue d’enchanter l’espace et le spectateur. L’installation est un monument à l’impermanence, à la transformation, au passage du temps, à la métamorphose et à la destruction créatrice.

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